Acta non verba

28 nov. 2015

« Marion, ma fille, le 13 février 2013, tu t’es suicidée à 13 ans, en te pendant à un foulard, dans ta chambre. 
Sous ton lit en hauteur, on a trouvé ton téléphone portable, attaché au bout d’un fil, pendu lui aussi pour couper symboliquement la parole à ceux qui, au collège, te torturaient à coups d’insultes et de menaces. 
J’écris ce livre pour te rendre hommage, pour dire ma nostalgie d’un futur que tu ne partageras pas avec moi, avec nous. J’écris ce livre pour que chacun tire les leçons de ta mort. Pour que les parents évitent à leurs enfants de devenir des victimes, comme toi, ou des bourreaux, comme ceux qui t’ont fait perdre pied. Pour que les administrations scolaires s’évertuent à la vigilance, à l’écoute et à la bienveillance à l’égard des enfants en souffrance. 
J’écris ce livre pour qu’on prenne au sérieux le phénomène du harcèlement scolaire. 
J’écris ce livre pour que plus jamais un enfant n’ait envie de pendre son téléphone, ni de suspendre à jamais sa vie. »





Marion, 13 ans pour toujours, c'est le témoignage d'une mère endeuillée et perdue, combative. C'est un livre qui parle de harcèlement scolaire du point de vue des parents.
J'ai entendu parler de cette triste affaire, de ce livre. C'est un sujet qui me touche beaucoup, aussi je voulais le lire.

Dans ce genre de livre, dans les témoignages, ça n'est pas tant la manière dont c'est écrit qui est important mais le message, la réflexion. Ici, le message est clair: stopper le harcèlement, tous autant que nous sommes, nous sommes acteurs de ce phénomène. Les bourreaux, les témoins et les victimes.
Nora Fraisse nous fait part ici de ses sentiments, de sa colère et de son chagrin suite au suicide de sa fille. Mais son témoignage est en fait un condensé de beaucoup de choses: son enquête à elle et son mari, pour savoir ce qu'il s'est passé, pour comprendre l'acte de sa fille, ce qui l'y a poussé. C'est un coup de gueule contre les administrations, les personnes qui ont le pouvoir de changer les choses mais qui  ne le font pas. C'est un cri de détresse, de souffrance... C'est aussi les mots d'une femme qui veut arrêter ce phénomène, ces violences.

J'ai lu ce livre et bien des fois, j'ai eu du mal à retenir mes larmes. Parce que ce livre faisait écho en moi, car l'histoire relatée est horrible, hallucinante, on a du mal parfois à se dire que c'est une histoire réelle et pas un cauchemar sans fin. Parce que ça touche, une mère qui perd son enfant et souffre et réclame la justice. Parce que c'est un sujet aussi commun que tabou et minimisé par les institutions, la pensée populaire. On imagine seulement les journées horribles de cette petite, on imagine seulement la souffrance de ses proches.

Les paroles de Nora Faisse ne laisse évidemment pas indifférents. Ce livre change notre regard sur ce sujet, et nous inquiète un peu: et si mon petit frère y était confronté? Et si nos enfants étaient victimes ou bourreaux, ou témoins? Ce livre montre le désarroi profond de l'auteure, qui au fil des pages, théorise les événements, les journées de sa fille Marion, avec cette obsession de savoir, de comprendre et d'agir. Mais voilà, ce livre m'a touché, bien sûr, mais on sent beaucoup trop la colère derrière ses mots. On sent beaucoup la souffrance, le sentiment d'abandon, d'exclusion, d'incompréhension derrière ses répétitions et les faits rapportés de manière non chronologiques. C'est un discours simple à lire mais on parvient difficilement à suivre les faits dans l'ordre. Je n'ai lu que très peu de témoignages jusqu'à maintenant, mais je m'attendais à un récit plus objectif. On ne peut pas aisément se projeter à la place de l'auteure, on peut difficilement comprendre tout ça. C'est un livre plutôt personnel en somme. La sensation que m'a laissé ce livre, c'est qu'il n'est pas destiné à toucher le plus grand nombre pour sensibiliser sur le problème, comme on pourrait le croire. J'ai plus l'impression qu'il s'agit de l'exposition de son point de vue sur la chose, des paroles brutes, comme étant pensées et écrites sitôt dites. Une sorte de défoulement.

C'est un ressenti que je trouve plutôt dommage, car au vu du résumé ce livre l'auteure semble s'être emporté dans ses paroles et éloigné de ses objectifs de base.
C'est un témoignage maladroit dans la forme, néanmoins je pense qu'il faut toutefois l'avoir lu au moins une fois, pour avoir une idée plus affinée, plus précise de ce qu'est le harcèlement scolaire, avoir une idée des conséquences des actes et paroles de chacun. Chose plus efficace, à mon avis, pour sensibiliser au sujet que certaines campagnes, certains spots télés de prévention, beaucoup trop lisse par rapport à ce que peut être la réalité.

Petits mots:

  1. Je ne pense pas réussir à lire ce témoignage. Je trouve le harcèlement scolaire grave, et les adultes (parents, enseignants) le prennent souvent à la légère. On commence seulement à en parler dans les médias j'ai l'impression...

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    Réponses
    1. Je suis d'accord. C'est grave et c'est encore beaucoup trop minimisé, au vu des conséquences (pouvant aller jusqu'à la mort quand même!) que ces violences peuvent engendrer. Je pense qu'il y a de meilleurs livres, de meilleurs témoignages sur le sujet aussi.
      Malheureusement, je pense que ça n'est pas une impression. Les mesures prises à l'heure actuelle sont ridicules et assez inefficaces, contrairement à d'autres pays qui ont en fait un de leur fer de lance..

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